LA LIBIDO

Les perturbations du désir

Quand l’envie fait défaut que la situation perdure, il est nécessaire de consulter. La cause peut être d’ordre anatomique, psychologique, sociale, ou tout cela à la fois.

Libido en berne… C’est l’un des premiers motifs de consultation chez le sexologue, et une difficulté bien plus fréquente que l’on croit. Si une baisse de libido n’est pas répertoriée dans les livres de médecine comme un trouble du désir sexuel, elle n’est pas à prendre à la légère, puisqu’elle génère une importante source de stress. « Pour ce genre de difficulté, il faut considérer le problème sous quatre axes ».

Tout d'abord, une approche médicale : Les hormones

Chez l’homme, il peut s’agir d’un taux anormalement bas de testostérone ou étonnamment élevé de prolactine, une hormone qui peut avoir pour effet de faire baisser la sécrétion de testostérone par certaines cellules des testicules.
 

Chez la femme, un déficit en hormones oestrogènes peut entraîner une baisse de la libido par l’intermédiaire d’une atrophie des zones génitales, poursuit le médecin. On pense que les hormones androgènes jouent également un rôle, avec une légère hausse de la concentration en testostérone qui expliquerait le désir plus important enpériode préovulatoire, et inversement, une baisse qui serait à l’origine d’une diminution de la libido après ablation des ovaires. A cela, s’ajoutent les rapports douloureux qui vont naturellement faire baisser le désir.

Deuxième axe d'investigation :
Le passé de la personne

« Il est évident qu’un passé traumatisant (par exemple, des abus sexuels) peut se traduire ensuite, et parfois des années après, par des troubles chroniques de la libido. » Il faut également interroger l’éducation, la religion, les expériences, sans oublier tout ce qui tourne autour du psychique. Des coutumes sexuelles conflictuelles, un imaginaire érotique pauvre ou culpabilisant, une aversion pour certaines pratiques, un évitement des perceptions positives, des troubles de l’identité et une santé mentale instable peuvent aussi être en cause. Certaines périodes difficiles pour les individus, un deuil par exemple, ne sont évidemment pas propices au désir sexuel. Plus banalement, des commentaires acerbes ou des critiques sur les aptitudes sexuelles peuvent s’imprimer dans la mémoire, et la peur de ne pas réussir à faire jouir son ou sa partenaire seront ensuite à l’origine d’une panne du désir. En particulier chez les hommes, la pression est forte, dans nos sociétés modernes axées sur la performance, y compris sexuelle. Enfin, naturellement, les troubles de l’humeur, et notamment un état dépressif, ont aussi des effets dévastateurs. « En particulier, dans la période qui entoure la ménopause, une femme qui a déjà tendance à être légèrement déprimée le sera davantage encore du fait des bouleversements hormonaux, de la prise de poids et d’une moins bonne image du soi, commente le gynécologue.

Cela peut réveiller des troubles de la libido. »

Troisième point à examiner en cas de désir diminué :
Le contexte social

Des problèmes financiers. des tensions dans le travail, des difficultés dans les relations avec ses collègues, ses amis, ses parents. ne sont pas sans conséquence sur le désir sexuel. « Une femme qui vient de perdre son emploi, qui est au chômage. ou encore dont la maternité ou la naissance d’un nouveau bébé compromettent la carrière professionnelle, a très souvent une libido perturbée ». Les hommes ne sont pas mieux lotis. Le chômage, ou à l’inverse, la pression d’un travail stressant avec des journées de travail toujours plus longues constituent de véritables catastrophes pour la libido. L’irruption du porno sur les écrans des ordinateurs et des téléphones portables serait également nuisible à la libido dans la vie « réelle ».

Certains chercheurs estiment que chez des personnes fragiles psychologiquement, la pornographie peut causer, paradoxalement, une anorexie sexuelle ou des dysfonctionnements. En 2011, une enquête, menée auprès de 28 000 visionneurs de porno en Italie, a montré que nombre d’entre eux s’adonnaient à une consommation excessive, quotidienne, s’habituant à des images extrêmes (performances irréalistes ou violentes). Selon les chercheurs qui ont mené l’étude, l’effet serait catastrophique pour ces hommes : ils n’arriveraient plus à ressentir suffisamment d’excitation, une fois en situation de faire l’amour, dans la réalité.

LE DÉSIR DE L'INDIVIDU ET DU COUPLE

Là, se pose une quatrième question :
Où en est le couple

« Le couple joue un rôle majeur dans la libido, car il peut y avoir du désamour, des habitudes qui font que le désir est moindre. Il m’est arrivée de recevoir en consultation une femme dont le compagnon, auparavant très demandeur, l’était beaucoup moins vers la soixantaine. Se sentant moins désirée, elle avait en conséquence moins de désir, alors que le problème venait de lui, de difficultés d’érection qu’il ne voulait pas avouer, et de ce fait, il ne s’aventurait plus dans des préliminaires et fuyait les rapprochements sexuels. » Les dimensions d’un individu et d’un couple se trouvent entre mêlées. «La libido, ce ne sont pas des hormones, ce n’est pas de l’anatomie, ce n’est pas de la psychologie, c’est tout un ensemble de facteurs sur lesquels il convient de s’interroger »

Bon à savoir

Si la dépression est très souvent à l’origine d’une baisse de la libido, elle peut aussi être, à l’inverse, la conséquence de la baisse du désir sexuel : un cercle vicieux dont il est difficile de déterminer les causes et les conséquences, et duquel il peut être compliqué de sortir. L’excès de fatigue de même que les abus d’alcool ou de certaines drogues peuvent affecter la libido.
Quand la baisse de la libido s’accompagne d’une impuissance et d’une fatigue persistante, il ne faut pas hésiter à consulter .